L'ombre flétrie d'une « Avventura » en 2002

Avventura 2002

Dominique Duchesnes

HERMINE BOKHORST
Dès 19 heures, les premiers convives se pressent, fourrure contre cachemire, à l'entrée de la gigantesque salle omnisports de l'école européenne de Woluwe-Saint-Lambert. En vedette : Stone et Charden, stars oubliées des années septante...

Les vêtements de fête miroitent sous les néons froids. Une dame au regard éteint arbore un sapin clignotant sur son revers. Son époux roule des yeux inquiets. « Elle fait la gueule », mime-t-il, expliquant ensuite de vive voix : C'est parce que j'ai été boire un verre avec les collègues... Pourvu que cela ne dure pas

Un gamin survolté tape sur le carreau : On va rester debout toute la nuit Au premier, une soixantaine de gosses sont réunis pour fêter leur réveillon avec les six animateurs d'IDJ. Les gamines sur leur trente et un se bousculent pour un maquillage. Moi, je veux être un clown, s'exclame Maureen, 4 ans. Les clowns font rire les enfants. Tantôt, il y aura un « septacle » pour nous.

Le spectacle pour les 697 adultes commence sous les décorations eurotiques. Concours de sosies. Une jeune femme bien en chair ajuste sa note aux chansons de Mylène Farmer. Soudain, dans un grrrand rrroulement de « r », apparaît un Salvador Dali décryptant tout en cornes de rhinocéros. Raymond Julin, avec ses moustaches-antennes, croque quelqu'un « au hasard » dans le public : Martine Payfa, bourgmestre de Watermael-Boitsfort, venue passer un réveillon différent. Thierry Luthers, animateur de la RTBF, départage les deux candidats à l'applaudimètre, puis empoigne le micro dans un déhanchement cuir à la Johnny. Et j'ai mal à en crever , tonne-t-il. Des jeunes femmes en long montent sur les chaises. Une dame sort son caméscope avec enthousiasme. Chauffe, chauffe Thierry

Les VIP locaux se font immortaliser à côté des vedettes d'antan
Stone et Charden s'apprêtent dans leur « loge », les douches de la salle de sport.

Ils ont toujours refusé de faire les réveillons depuis 1966, mais ici, ils ont accepté, se réjouit Danielle Caron, échevine organisatrice de la fête. Pourtant d'après leur manager, ils effectuent encore 120 spectacles par an. Celui-ci sera le premier à être payé en euros. Charden, très en verve, annonce : C'est la fête des pères aujourd'hui ?, en riant de sa grosse blague. Les VIP locaux se font immortaliser à côté des vedettes d'antan. Le couple a tout de même vendu plus de 20 millions de disques.

« Les allumettes » mettent le feu à la salle. Il n'y a aucune raison pour que vous ne chantassiez pas avec nous, susurre Charden après avoir entonné « Boire un petit coup ». Le « duo mythique » - comme il s'est lui-même baptisé - glisse vers une autre chanson aux relents éthyliques : Au boulot ou au chômdu... Champagne Lulu

Les ombres, impitoyables, découpent leur silhouette sur le drapeau-décor. Le public vibre avec nostalgie sur « Normandie » et explose enfin avec « L'avventura ». Il est minuit.

Ah L'avventura en 2002...

© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2001 (02/01/2002)