Projet de création d'une voie centrale, réservée au bus, dans l'avenue des Cerisiers

15 avril 2005

PARLEMENT DE LA REGION DE BRUXELLES-CAPITALE - SESSION ORDINAIRE 2004-2005 -
Question n° 198 de Mme Danielle Caron du 23 février 2005 :

Depuis quelques temps, bien qu'ils reconnaissent l'importance de la politique de mobilité de la Région bruxelloise, les habitants de l'avenue des Cerisiers de Woluwe-Saint-Lambert et de Schaerbeek, s'opposent à l'actuel projet de création d'une voie centrale dans cette avenue. En date du 8 janvier 2004, une réunion très constructive a eu lieu dans le cabinet du ministre Chabert et j'étais présente. Suite à la question parlementaire que j'ai posée au ministre Chabert, à la commission de l'Infrastructure le 21 janvier 2004, le ministre m'a répondu que la procédure avait été arrêtée et que des alternatives seraient proposées au niveau du trajet afin d'étudier les avantages et les inconvénients d'un tel projet. Il semble que la nouvelle version du projet ne recueille pas davantage l'assentiment des riverains du quartier. Les principales remarques des riverains au sujet de ce projet sont le rétrécissement important des trottoirs prévus par la STIB (réduction de cinquante centimètres), la diminution des zones de stationnement et la destruction partielle du caractère résidentiel de cette artère. L'avenue des Cerisiers est une avenue résidentielle où il fait bon vivre et où les mamans aiment se promener avec leurs enfants. La réduction des trottoirs entraînera automatiquement des répercutions au niveau de la mobilité, mais aussi, et surtout, au niveau de la sécurité. Dans ces conditions, permettez-moi, Monsieur le ministre, de vous poser six questions :

· Comment résoudre la véritable cause du problème qui se situe plus en aval au niveau du carrefour Diamant ?
· Comment éviter le problème en amont aux heures de pointes ? L'encombrement remonte jusqu'au square Levie.
· Comment réduire la pollution et l'insécurité suite au projet de la réduction des trottoirs ?
· Comment contrôler le respect des limitations de vitesse ?
· Comment de pas défigurer ce quartier résidentiel ?
· Pourquoi favoriser les automobilistes au détriment des riverains ?

Réponse :

Je rappelle tout d'abord que la Plan Régional de Développement prévoit la création d'un site pour les bus. Cette inscription résulte des constats faits par le gouvernement précédent en matière de points noirs pour la vitesse commerciale des bus et trams de la STIB. De plus, le Plan Régional d'Affectation du Sol, arrêté lui aussi par le précédent gouvernement en 2001, stipule en son article 25 qu'il y a lieu de créer des sites protégés pour les bus et trams lorsque la fréquence atteint dix passages par heure de pointe. Enfin, le plan IRIS des déplacements, arrêté en 1998, fixe pour objectif de renforcer l'attractivité des modes doux et des transports en commun par une série de mesures volontaristes, dont notamment l'augmentation des fréquences et de la vitesse commerciale des transports publics. Un objectif raisonnable de 18 km/h pendant les heures de pointe a même été fixé pour les transports de surface. La ligne 29 qui passe par l'avenue des Cerisiers est l'une des plus importantes lignes de la STIB. Elle draine en effet une série de quartiers fortement peuplés de Woluwe-Saint-Lambert, Saint-Josse et Bruxelles. Elle croise en outre toutes les lignes de métro et de pré-métro de la Région. Suite à l'analyse des principaux points où la vitesse commerciale de la ligne atteint des niveaux très faibles, des sites propres ont été aménagés sur certains tronçons du trajet, que ce soit dans le centre-ville, aux abords de la gare centrale et de la rue Royale, aux abords de la station Roodebeek, avenue du Diamant et rue Scailquin. Il reste deux points noirs, à savoir la rue Willems pour laquelle le plan communal de mobilité de la commune propose une solution efficace, et l'avenue des Cerisiers (vitesse moyenne de 12,3 km/h). Un bureau d'étude a examiné ces points noirs sous les différents aspects de l'efficacité, de l'intégration urbaine et de la gêne causée aux riverains, tout en tenant compte du coût de réalisation. Un comité d'accompagnement composé de représentants de la Région, de la commune et de la STIB en a avalisé les conclusions en 2003.

La Région a effectivement introduit une demande de permis d'urbanisme en 2003 afin d'y créer un site propre. La veille de la réunion de concertation organisée dans le cadre de l'enquête publique, mon prédécesseur a tenu en son cabinet une réunion où il a été conclu que d'autres solutions étudiées par le Comité d'accompagnement présentaient des avantages plus grands pour les riverains. L'administration a été chargée de dessiner un nouveau projet sur la base d'un site axial. C'est ce projet qui a fait l'objet d'une nouvelle enquête publique en 2005. Les difficultés rencontrées par les bus ont été analysées au cours de cette enquête, sur la base de 18.605 relevés de durées du parcours excluant les périodes de vacances scolaires. Il a été constaté que le tronçon est parcouru en un durée située entre 55 et 1.115 sec pour 543 m, soit entre 35,5 km/h et 1,7 km/h. Les observations in situ montrent qu'à partir de l'entrée dans le square Levie, certains bus rencontrent déjà des files. de traverser le carrefour formé par le boulevard Reyers, l'avenue de Roodebeek, l'avenue des Cerisiers et la bretelle d'arrivée de l'autoroute E40. La capacité maximale du carrefour est dépassée et par conséquent des files se forment sur tous les axes. Les durées de vert des feux lumineux sont équilibrées de manière à ne bloquer aucune de ces artères. Toutes les tentatives pour diminuer les files dans l'avenue des Cerisiers, en donnant plus de temps de vert à celle-ci, se sont soldées par des files ingérables sur le boulevard Reyers, avec des effets jusque sur la place Meiser. En plus, il se produisait dans les jours suivants un basculement de trafic des autres artères via les rues du quartier vers l'avenue des Cerisiers, ce qui rallongeait les files dans cette artère. La solution n'est donc pas à chercher dans cette voie. Il a été envisagé de résoudre ce problème en aménageant un rond-point. Cette solution n'est toutefois pas possible, d'une part parce que la capacité d'un rond-point ne convient pas pour ce carrefour dont les débits de circulation ne sont pas répartis de manière égale, et d'autre part parce que l'espace libre est limité, notamment en raison de la présence des colonnes du viaduc. La solution consistant à déplacer la ligne de bus vers les autres rues a été envisagée mais elle ne convient pas non plus car elle rendrait l'accessibilité des usagers des transports publics plus difficile, et les trajets, ainsi que leur durée, s'allongeraient. De plus, les embarras de circulation ne feraient que se déplacer dans d'autres rues. Etant donné que toutes les artères de cette partie de la Région sont saturées, ce problème ne peut trouver de solution que dans un report modal important : en favorisant le co-voiturage, l'utilisation des modes doux ou l'amélioration des services de la STIB, en particulier la ligne 29. Des discussions animées et intéressantes concernant les nuisances liées au trafic et au rétrécissement des trottoirs ont eu lieu entre mon cabinet, moi-même, l'AED, la commune de Schaerbeek et les riverains. Afin de conserver une largeur suffisante pour les trottoirs, on examine actuellement quelle bande de circulation il est possible de réduire de quelques dizaines de centimètres, au profit des trottoirs.

Quant aux nuisances sonores, l'aménagement du site propre au milieu de la rue d'avère être une solution équitable pour les riverains situés des deux côtés de la rue. Par ailleurs, il n'est pas logique que la pollution de l'air et les nuisances sonores soient imputées aux transports publics, bien au contraire. De plus, le rétrécissement de la chaussée limite les possibilités pour les transports privés de rouler à des vitesses excessives. La police devrait d'ailleurs intervenir régulièrement pour effectuer des contrôles, en vue de sensibiliser les automobilistes. En accord avec la commune et les habitants, j'entends également plaider pour une diminution du nombre de places de stationnement sur la chaussée. Parmi mes objectifs politiques en matière de travaux publics, figure la qualité de l'aménagement. Je suis convaincu qu'avec le concours de la commune et des habitants, il est possible d'arriver à une solution. Nous travaillons pour l'instant dans ce sens.