Implication des femmes africaines dans le monde associatif et politique

Discours prononcé par Danielle Caron le samedi 17 juillet 2005 à 19 heures auprès d’une assemblée de femmes belges d’origine africaine

Mesdames, Messieurs,

C'est avec beaucoup de plaisir que je me retrouve parmi vous ce soir et je tiens à vous remercier pour cette invitation.

Avant même d'aller plus loin dans mes propos, je souhaite apporter une précision. Ma position de députée belge m'interdit la moindre ingérence sur ce qui se passe sur l'échiquier de la politique intérieure congolaise. N'attendez donc pas de moi une prise de position partisane.

Cela étant, je viens ce soir avec un sac plein de reproches. Eh oui ! Plein de reproches à votre égard. Je m'adresse particulièrement à vous, mesdames. En effet, si je n'ai pas le droit de me positionner politiquement sur l'échiquier congolais, je peux, par contre, constater que, sur cet échiquier, il y a une absence quasi-générale de la présence féminine. Et cette absence est totalement inadmissible. Mesdames, réveillez-vous. Vous avez votre mot à dire. La politique n'est pas qu'une affaire d'hommes. Comme tout être humain, ces messieurs sortent du ventre d'une femme.

Cela fait plus de 20 ans que je fais de la politique. En 20 ans, en Belgique, les femmes ont gagné un terrain considérable. Nous sommes plus nombreuses à tous les niveaux de pouvoirs et notre représentativité est aujourd'hui mieux garantie. Ainsi, lors des prochaines élections communales de 2006, j'ai fait voter un texte, au Parlement bruxellois, qui oblige toutes les listes à présenter autant d'hommes que de femmes. Voilà un nouveau progrès, mais c'est loin d'être le dernier.

Alors, vous, Mesdames, réveillez-vous et faites-vous respecter. Ces messieurs ne doivent pas oublier que, sur notre bonne vieille terre, il y a une population composée de 47% d'hommes et de 53% de femmes. Ce n'est pas la peine que la race noire, hommes et femmes confondus, se soit battue contre l'apartheid en Afrique du Sud ou en Rhodésie, si, dans le même temps, les femmes de race noire laissent piétiner leurs droits et le respect de leur nombre. La meilleure preuve en est encore une simple question que je pose : dans quelques temps va avoir lieu une élection présidentielle au Congo; vous le savez. Combien y a t’il de femmes candidates à cette élection ?

Mesdames, impliquez-vous dans la politique de tous les jours. Prenez votre place. Cette place vous revient, mais vous devez faire l'effort de la prendre car ces messieurs ne sont pas prêts à vous l'offrir sur un plateau. N'hésitez pas à vous investir en commençant par le bas de l'échelle. Ainsi, au niveau communal, vous avez à vous impliquer dans la vie de tous les jours. Et il n'y a pas que le niveau politique. Il y a aussi le niveau associatif, culturel, sportif, social … Et lorsque vous aurez pris position à ce niveau, continuez à progresser en montant au niveau régional puis national. Vous avez du pain sur la planche, Mesdames, mais cet effort est nécessaire et même obligatoire pour l'équilibre général.

Quand je pense au nombre de morts que génèrent les guerres, essentiellement causées par des ambitions personnelles masculines et lors desquelles les femmes pleurent des morts issus de leur ventre, je dis qu'il est grand temps que la paix et le respect d'autrui prennent place sur notre planète.

Quant à vous, Messieurs, n'oubliez pas que la femme n'est pas qu'un instrument, juste bon à faire des enfants, à assouvir des envies charnelles, à faire la cuisine et la lessive. Ce temps-là est révolu. La femme a sa place dans la vie de tous les jours. Elle mérite le respect. Elle mérite l'écoute. Elle mérite le partage. Elle mérite l'amour. Messieurs, ne laissez pas de place aux femmes en politique par pitié ou pour faire bien. Faites-le parce que c'est nécessaire à votre équilibre et au bien-fondé de vos décisions. Pour cela, il faut avoir l'humilité et l'intelligence de le reconnaître. C'est un travail, Messieurs, que vous devez réaliser sur vous-mêmes.

Voilà les propos que je souhaitais tenir ce soir devant vous. Mesdames, sachez que, si vous avez besoin d'aides ou de modestes conseils, ma porte vous est toujours ouverte et que mon téléphone vous est toujours accessible.

Nos enfants, mesdames, et vos enfants, messieurs, méritent de vivre dans un monde plus équilibré, dans la paix et le respect mutuel. Travaillons, hommes et femmes, pour construire ce monde. Offrons-leur un monde dans lequel ils pourront s'épanouir et connaître le bonheur.

Je vous remercie.

Danielle CARON
Députée bruxelloise
Echevine de Woluwe-Saint-Lambert