Question parlementaire

Commission des finances, du budget, de la fonction publique, des relations extérieures et des affaires générales


Parlement bruxellois

Couverture WiMAX de la Région de Bruxelles-Capitale

20 février 2006

QUESTION ORALE

M. le président.- L'ordre du jour appelle la question orale de Mme Caron.

QUESTION ORALE DE MME DANIELLE CARON À M. GUY VANHENGEL, MINISTRE DU GOUVERNEMENT DE LA RÉGION DE BRUXELLES-CAPITALE, CHARGÉ DES FINANCES, DU BUDGET, DE LA FONCTION PUBLIQUE ET DES RELATIONS EXTÉRIEURES,
concernant "la couverture WiMAX de la Région de Bruxelles-Capitale".

M. le président.- La parole est à Mme Caron.

Mme Danielle Caron.- Dans une interview accordée à la revue Inside, le directeur-général du CIRB (Centre informatique de la Région bruxelloise), M. Hervé Feuillien annonce la couverture totale de la Région de Bruxelles-Capitale par un accès internet à haut débit via la technologie sans fil connue sous le nom de WiMAX. Je vous rappelle, si besoin en était, que le WiMAX permet de couvrir les 161,4 km2 avec une seule antenne (voire, éventuellement, deux) alors qu'il en fallait des centaines avec le Wi-Fi. A titre indicatif, des antennes Wi-Fi sont d'ailleurs toujours implantées sur le toit du cabinet du ministre-président. Offrir un accès permanent à internet via le WiMAX est une excellente nouvelle et il y a donc lieu de se réjouir de l'initiative du CIRB, qui contribuera certainement à réduire la fracture sociale entre celles et ceux qui sont sur le net et ceux qui n'y ont pas accès. Dans son interview, M. Feuillien signale qu'il veut limiter cet accès et que tout ceci n'interviendra qu'à la fin de la législature, en 2009. Je m'oppose à cette manière de voir les choses et ose espérer que vous retiendrez mon argument, à savoir que si accès il y a, il doit être ouvert à toute personne se trouvant sur le territoire régional, donc, non seulement aux Bruxellois, mais aussi aux touristes et aux autres visiteurs occasionnels. Par ailleurs, retarder tout cela jusqu'avant les prochaines élections régionales est regrettable pour notre Région. L'installation du WiMAX en Région de Bruxelles-Capitale peut se faire en quelques semaines, le matériel étant somme toute très simple et sa mise en oeuvre particulièrement aisée. La ville de Paris l'a fait en 3 mois. Le maire de la Nouvelle-Orléans, sinistrée par Katrina, relève le même défi. Il m'apparaît, dès lors, que tous les Bruxellois devraient pouvoir surfer via le WiMAX avant la Noël 2006. Pouvez-vous, M. le ministre, me confirmer la chose et donner, en ce sens, des instructions précises au CIRB ? Je m'adresse au ministre en charge, alors que ma question était initialement adressée au ministre-président. Mais chaque fois que je pose une question en ce domaine, c'est M.Vanhengel qui me répond.

M. le président.- La parole est à M. Vanhengel.

M. Guy Vanhengel, ministre.- La pertinence de cette question me permet de rappeler l'accord de gouvernement, qui a prévu de lutter contre la fracture numérique en développant progressivement l'accès à internet pour tous, et de développer la fourniture d'accès à l'internet à haut débit aux citoyens et aux entreprises en valorisant le réseau régional à large bande, Irisnet, ainsi qu'en utilisant le WiFi, une technologie d'accès sans fil à l'internet. La Région pourrait à terme privilégier certains groupes cibles comme les étudiants ou les personnes à faibles revenus, en leur offrant un accès à petit prix, voire gratuit. Bruxelles a tous les atouts pour mettre en œuvre une politique volontariste permettant un accès à l'internet pour tous, connecté à travers le réseau sans fil. L'accès à l'ADSL est aujourd'hui onéreux et rien n'indique que les prix vont diminuer rapidement. Le prix est un facteur d'exclusion sociale pour un grand nombre de nos citoyens. Bruxelles peut démontrer à travers une politique d réseau sans fil son aptitude à intégrer le changement dans toutes ses formes (sociale, culturelle, économique et démocratique). En rendant accessible l'information régionale sur des bornes en voirie, le CIRB a profité de ce support pour permettre la diffusion de l'internet sans fil. Cette expérience à travers une vingtaine de points d'accès a permis d'engager la Région vers la constitution d'un réseau régional pour l'internet sans fil et à haut débit. Des exemples existent en Europe, comme à Hambourg avec son programme Hamburg-Always), dans certaines zones de Paris, à Bristol, mais aussi aux Etats-Unis avec New-York (Converged Networking), et surtout Philadelphie. Les villes et régions qui possèdent leurs réseaux de fibres optiques, comme Bruxelles, envisagent la solution du WiMAX pour offrir aux particuliers et aux professionnels l'accès à l'internet à haut débit. Ces villes souhaitent une offre de services multiples et concurrentiels, garantissant un marché ouvert et très actif pour les services en question, et servant de moteur à l'intégration sociale. Sans rentrer dans les détails techniques d'une telle opération, retenons cependant qu'avec la technologie WiMAX comme standard, on peut, durant cette législature, développer l'infrastructure nécessaire à l'installation de portes permettant d'atteindre une distance de 50 km. Les grands constructeurs ont déjà pris la mesure de cette dynamique en préparant activement cette mutation sur les PC portables et les téléphones mobiles. Intel et Siemens, par exemple, travaillent ensemble à combiner des processus et émetteurs/récepteurs susceptibles d'intégrer toutes les variantes large bande, compatibles également avec la vidéophonie. Les normes internationales ne sont, en revanche, pas encore fixées pour assurer la mobilité. C'est dans ce cadre que j'ai chargé le CIRB en ;2005 de faire une étude sur le développement du Wi-Fi/WiMAX, qui a conclu à la réalisation d'un site pilote sur le campus de la Plaine de la VUB/ULB. Ce projet-pilote devrait être opérationnel pour la rentrée académique 2006, en collaboration avec les deux universités. Pour les étudiants de ces universités, nous ferons office de Père Noël. II faut également tenir compte du contexte : la norme WiMAX n'est pas définitive, et l'IBPT vient seulement de lancer la procédure pour l'octroi de licence Le CIRB a introduit un dossier pour obtenir une licence et examine actuellement la législation relative la concurrence pour l'accès à l'internet pour tous. Il y a donc aussi des problèmes juridiques à régler en ce domaine. Je ne dois pas rappeler à mon honorable collègue que les organismes publics sont soumis à la législation sur les marchés publics et que, dès lors, un déploiement ne pourra se faire que par une consultation du marché au niveau européen. Enfin, quant à l'accès, une évaluation sera organisée à l'issue du projet de la Plaine, qui permettra de faire une analyse de coût et de construire un "business plan" permettant le déploiement au niveau régional.

En conclusion :
- La première raison de construire un réseau à haut débit sans fil accessible à tous à Bruxelles est d'assurer l'accès de tous à la société de la connaissance.
- La deuxième raison, c'est que cela aura comme conséquence de réduire les coûts pour les entreprises à Bruxelles, ce qui satisfait nos objectifs socio-économiques et libère la Région de Bruxelles-Capitale d'une infrastructure fixe.
- La troisième raison, c'est de permette à notre Région d'avoir un avantage concurrentiel et de lui donner une image de modernité en Europe.
Oui, je me refuse à engager la Région de Bruxelles-Capitale dans un processus qui n'est pas mûrement réfléchi, ni techniquement, ni financièrement, ni juridiquement. Oui, nous avons une stratégie cohérente, patiente, basée sur la construction des socles de la société de la connaissance, tels quel voulus lors du sommet européen de Lisbonne. C'est dans ce cadre que nous travaillons et que j'ai chargé le CIRB de mener à bien ce projet, actuellement à l'état de phase-pilote sur le campus de la VUB/ULB.

M. le président.- La parole est à Mme Caron.

Mme Danielle Caron.- Il est positif que vous confirmiez la réalisation d'un tel projet en Région bruxelloise. Toutefois, il est regrettable d'attendre la prochaine rentrée académique pour le lancement de la phase-pilote, étant donné que ce projet est mené sur le campus de l'université. Celui-ci est en outre limité à un territoire restreint, en comparaison de ce qui se pratique dans les autres villes européennes que vous avez citées. Quand ce projet couvrira-t-il l'ensemble du territoire bruxellois ? Le ministre fera-t-il le nécessaire auprès de l'IBPT et du CIRB pour accélérer la réalisation du projet ? Il serait dommage que la Région bruxelloise n'affiche pas une image de modernité dans ce domaine.

- L'incident est clos.