Conseil de la Région de Bruxelles-Capitale

Séance plénière du mardi 15 juillet 2003

LE PLACEMENT D’UNE OEUVRE D’ART CONTESTEE AU BOULEVARD DE WATERLOO

QUESTION ORALE DE MME DANIELLE CARON A M. JOS CHABERT, MINISTRE DU GOUVERNEMENT DE LA REGION DE BRUXELLES-CAPITALE, CHARGE DES TRAVAUX PUBLICS, DU TRANSPORT ET DE LA LUTTE CONTRE L’INCENDIE ET L’AIDE MEDICALE URGENTE, CONCERNANT « LE PLACEMENT D’UNE OEUVRE D’ART CONTESTEE AU BOULEVARD DE WATERLOO »

M. le Président. . La parole est à Mme Danielle Caron pour poser sa question.

Mme Danielle Caron. . Monsieur le Président, Monsieur le Ministre-Président, Monsieur le Ministre, dans votre agenda, à la date du 5 septembre prochain, est prévu l’inauguration officielle de l’Homme de l’Atlantide, statue installée récemment sur le rond point Cliquet, devant l’hôtel Hilton. L’auteur de cette statue est un certain Luk Van Soom, artiste très prisé, mais uniquement dans le nord du pays et, particulièrement, à Anvers et dans ses environs. La statue dont il est question est, selon son créateur, « le symbole de tout ce qui se cache sous une énorme quantité d’eau », afin que, je cite toujours « ce monde englouti interpelle notre imagination depuis la nuit des temps ». Je peux vous affirmer que ce monde englouti interpelle mon imagination depuis la soirée où, passant par le rond-point Cliquet, j’ai découvert l’installation de cette oeuvre de mauvais goût.

Monsieur le Ministre, c’est vous qui avez pris cette décision de placer cette statue. Voilà qui m’étonne, car je vous ai toujours considéré comme un homme qui avait du goût ! Comment avez-vous pu cautionner une telle oeuvre dans notre paysage bruxellois ? Certes, vous me direz que cette décision a été prise suite à l’initiative du CAID, qui est, pour celles et ceux de mes collègues qui l’ignoreraient, la Commission Artistique des Infrastructures de Déplacement. Néanmoins, personne ne vous oblige à suivre les avis d’une commission qui, manifestement, confond esthétique et mauvais choix dans son environnement. De plus, lors de la commission de concertation, les différents avis émis ont été discordants. Si l’AATL-urbanisme et la SDRB ont émis un avis favorable, je me demande bien sur quels critères ils se sont fondés pour émettre un tel avis. Par contre l’Ibge et l’AATL-SMS ont émis un avis défavorable en expliquant, je cite encore : « qu’il y a lieu d’établir un rapport avec le contexte urbain existant et de trouver une expression contemporaine ». Enfin, même si nous savons que cet avis a été émis le 22 janvier dernier, soit nettement hors délai, je voudrais rappeler l’avis défavorable du Collège de Bruxelles, fondé sur le fait que je cite toujours « l’œuvre n’est pas acceptable pour des raisons esthétiques et de non-adéquation avec l’aménagement de l’espace public ». En clair, Monsieur le Ministre, cette oeuvre fait quasiment l’unanimité quant à son choix, n’en déplaise à la CAID. Soyons clairs, Monsieur le Ministre, je pense pouvoir parler au nom des femmes, membres de notre assemblée, tous partis confondus, votre homme de l’Atlantide n’est pas notre type d’homme ! Avez-vous vu ses pieds ? A côté de lui, les canards ont des pieds normaux. Avez-vous vu son nez ? A côté de lui, Cyrano de Bergerac, son cap et sa péninsule peuvent être rangés au placard. Et j’arrête là une liste trop longue de considérations sur le choix de cette oeuvre. Je ne cite pas la démarche mal coordonnée et le masque de plongée qui montre manifestement que cette statue n’a pas tout à fait sa place dans le milieu dans lequel on l’a mise.

Monsieur le Ministre, il n’est pas trop tard pour défaire ce mauvais habit pour Bruxelles. Et si vous ne savez pas quoi en faire, je vous suggère d’en faire cadeau aux villes de Turnhout ou de Rijkevorsel, respectivement lieux de naissance et d’habitation actuelle de cet artiste. Monsieur le Ministre, j’attends vos explications en espérant que votre initiative est accidentelle et que vous allez la réparer.

M. le Président. . La parole est à M. Jos Chabert, ministre.

M. Jos Chabert, ministre du gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale, chargé des Travaux publics, du Transport et de la Lutte contre l’Incendie et l’Aide médicale urgente.

Monsieur le Président, comme l’a dit Mme Caron, la statue de l’homme de l’Atlantide de M. Luk Van Soom a été retenue sur proposition unanime de la CAID qui se compose d’une série d’experts et de connaisseurs en oeuvres d’art avec une formation artistique et un bagage culturel considérable. L’installation de l’oeuvre d’art a fait l’objet d’une demande de permis d’urbanisme. Le permis d’urbanisme a quant à lui été délivré par les services du secrétaire d’Etat Draps. L’artiste Luk Van Soom bénéficie d’une renommée nationale et internationale. Il est professeur à l’Academie van Breda et à l’Academie voor Schone Kunsten d’Anvers. Il a notamment exposé à Florence, Rotterdam, Rome, Anvers, Liège, Stockholm, Francfort, Amsterdam et lors de l’Exposition universelle de Séville en 1992 au pavillon belge. La statue fait référence à l’histoire de Platon dans laquelle Socrate philosophe à propos d’une ville idéale, l’Atlantide, qui aurait été envahie par la mer. cet « Homme de l’Atlantide » fait renaître à Bruxelles le rêve d’un paradis. Et comme vous l’aurez sans doute remarqué, la statue n’est pas encore terminée puisque l’on y ajoutera très bientôt l’eau. De l’équipement de plongeur sur le dos de la statue s’écoulera de l’eau, et de petits groupes de fontaines seront installés sur le socle. Cette oeuvre d’art ramènera par conséquent l’élément « Eau » de façon visible dans notre ville.

Vous dites que « l’Homme de l’Atlantide » n’est pas votre type. C’est tout à fait votre droit. Les Romains disaient « De gustibus et coloribus non disputandum est ». « Des goûts et des couleurs on ne se dispute pas ». Je crois que les Romains avaient raison. Nous n’allons donc pas nous disputer.

M. le Président. . La parole est à Mme Danielle Caron pour une réplique.

Mme Danielle Caron. . Monsieur le Président, je voudrais simplement faire remarquer au ministre que je suis étonnée qu’il y ait eu autant d’avis défavorables et, apparemment, qu’il n’y ait pas eu une concertation plus judicieuse avant de choisir l’un ou l’autre artiste. Cette oeuvre est installée à un mauvais endroit. Elle aurait pu
être placée ailleurs. Le masque d’oxygène posé sur la statue montre bien que le milieu n’est pas tout à fait adapté pour ce type de statue. A l’avenir, ne pourrait-on organiser une meilleure concertation au préalable afin de ne plus installer ce genre de statue, qui n’a pas l’approbation de la majorité des gens et de façon à ce que notre ville soit encore plus belle qu’elle ne l’est aujourd’hui.

M. le Président. . La parole est à M. Jos Chabert, ministre.

M. Jos Chabert, ministre du gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale, chargé des Travaux publics, du Transport et de la Lutte contre l’Incendie et l’Aide médicale urgente.

Concertation il y a et il existe une commission ad hoc qui fait son travail depuis des décennies. Pour chaque station de métro, cette commission nous donne de précieux conseils sur les artistes. De temps à autre elle est contestée, parfois elle est applaudie, mais cette commission fonctionne très bien. Il s’agit de la CAID (Commission artistique pour les infrastructures de déplacement) que tout le monde connaît à Bruxelles. Je pense qu’il faut faire confiance en la matière à ceux qui connaissent mieux les Arts que nous. Chacun a le droit de penser que c’est beau ou non. Souvent c’est 50/50. J’étais occupé de la regarder lorsqu’une dame m’a abordé en me disant que c’était affreux. Par contre, une deuxième personne, un homme, m’a félicité parce qu’il trouvait cette oeuvre très jolie. Voilà déjà deux avis très différents.

Mme Danielle Caron. . Vous avez cité un monsieur et la CAID, mais tous les autres organismes, notamment l’IBGE et le CDRB ont un avis différent.
M. Jos Chabert, ministre du gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale, chargé des Travaux publics, du Transport et de la Lutte contre l’Incendie et l’Aide médicale urgente.

Enfin, ce sont quand même les artistes qui doivent juger d’autres artistes. Ce sont des connaisseurs.

M. le Président. . L’incident est clos.